Si une bouteille de vin était un Homme, à quelle partie pourrait bien correspondre l'étiquette ? Il va sans dire que j'ai ma petite idée sur la chose. Notamment depuis que j'ai appris que le discounter allemand Lidl allait apposer quelques dorures liquides en tête de gondoles pour mieux refourguer ses merdes lors de sa prochaine Foire aux Vins, autre marronnier mercantile de chaque rentrée scolaire.
Mais avant de procéder à l'autopsie toute relative de nos chers canons de plaisir, revenons un instant à l'essentiel : le vin. Lui qui rempli chaque flacon, puis chaque gosier. Lui qui ne s'attarde plus, et pour cause, lorsque que l'on s'exclame : "Une autre, celle-ci est vide !"
Le vin en lui-même pourrait symboliser bien des choses, mais il me semble évident de l'affubler d'un rôle primordial sans lequel le liquide de chacune de ses bouteilles ne serait qu'un vulgaire consommable : la mémoire. Et de la mémoire ce serait bien d'en avoir un peu avant de foncer avec l'agilité d'un caddie neuf vers les rayonnages de son Hard-discount local pour acheter quelques mignonnettes* de Sauternes. Surtout qu'à 100 euros la demi-bouteille, 267 euros le litre si je m'en réfère à l'unité de mesure la plus souvent usitée sur les catalogues de la Grande distribution, rien ne présage d'une régalade inoubliable : 1998, petit millésime en sauternais, où la pluie a joué les troubles-fêtes lors des vendanges, et puis, d'où viennent ses bouteilles qui traineront plus qu'un temps sous les éclairages mortifères de leur dernière demeure ? De là à dire qu'il n'y aurait pas un grand vin dans la bouteille, il n'y a qu'un pas que je n'oserais franchir. Mais tout de même, n'y a-t-il pas d'échappatoires un peu moins abjects que de la ristourne de façade pour se baigner langoureusement les papilles ?
Tiens justement, ce week-end, perdu dans le trouble d'une rentrée annoncée dont l'anxiété n'est plus une surprise, je décidais de déboucher un de ces canons dont la GD ignore sûrement l'existence jusqu'au cœur de ses rayonnages au bling-bling de pacotille. Disons que si le muscle de l'étiquette a certes quelques atouts esthétiques pour troubler la ménagère de moins de 50 ans, il ne faut pas en oublier la franchise d'un discours de vérité que seul le vin lui-même peut livrer. Ce discours qui parcourt aussi le quotidien de ces vignerons amoureux de leur terroir, expression largement galvaudée quand elle s'attache à illustrer les catalogues en papier glacé qui inondent nos boîtes aux lettres ces derniers temps...
Car dans notre cas présent, on est vraiment loin du compte. Et si cette mise en scène cache-misère, digne d'un mauvais porno des années 90, semble avoir le clinquant facile de la bonne affaire, l'évidente raison d'être de ce grotesque appel du pied sous la table, se cache dans le pullulant rayonnage à bas coût, les racks de PQ et la lessive sur lesquels se rabattront l'immense majorité des clients floués par ces quelques paillettes bordelaises.
Et pendant ce temps là, dans cette campagne aveyronnaise que je trimballe de verre en verre, c'est bien l'essence même du vin qu'il me semble apercevoir. Loin des étiquetages à valeur d'axiomes qualitatifs, se lovant discrètement derrière le muscle bandé de ces bruyants premiers de la classe, ignorant même un instant cette mémoire que promène avec eux les historiens liquides débouchés ça et là pour les grandes occasions, c'est maintenant au cœur que l'on s'attaque. À la franchise et à la simplicité d'un jus au travers duquel glisse le quotidien, comme le sang dans nos artères, portant avec lui le fruit pur et sauvage d'un pays.
Il en fallait bien un magnum de ce mansois de Philippe Teulier, pas une de ces demi-paroles dont le prix étanche la soif. Un Marcillac pur cru, sans fard ni paillettes, gourmand et épicé comme une tablée de copains au caractère bien affiné. Un plaisir intense révélant tout à coup l'immense complexité pour les gens à parfois rester simple.
Et puisqu'il faut absolument parler de prix, car semble-t-il, c'est ce qui fait lever les foules, sachez qu'à moins de 17 euros le magnum de ce Lo Sang del Païs, il faudra bien plus que ces quelques annonces foireuses pour me faire quitter mon siège...
* Les bouteilles à la vente sont des "demis", c'est à dire 37,5 cl. Autant dire qu'il s'agit là d'un simple bain de bouche...




Excellent mais fait attention à ma bouteille stp! J'ai bien rigolé
RépondreSupprimerLa bise
En parlant de Marcillac, la foire aux vins de Carrefour à Toulouse va tout de même proposer ceux de Jean-Luc Matha à 7,50 euros la boutanche...
RépondreSupprimerSans oublier qu'il y a deux ans, un Leclerc (Saint-Orens je crois bien...) avait exposé les quilles du Domaine du Bout du Monde par palettes entières....
Lo Sang, longtemps l'un des vins que j'achete regulierement
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