Un peu de tri !

mardi 20 octobre 2015

Pomerol : le chantier de la discorde.

C'est la consternation dans le noble milieu viticole de la rive droite bordelaise. Alors que les charmes à échelle humaine de la route des vins reliant Saint-Émilion à Pomerol font encore le bonheur des vendeurs de cartes postales, voilà qu'une décision des pouvoirs publics locaux vient semer le trouble au sortir d'une belle saison de vendanges.
En effet, c'est aujourd'hui que les travaux d'élargissement de la petite départementale reliant ces deux capitales de la viticulture locale ont débuté. Long de 6 kilomètres, ce véritable chemin de pèlerinage que tout amateur de vins rêve de parcourir un jour, n'était en effet plus adapté aux envies soudaines de rayonnement international que la région se plaisait à espérer. De Tokyo à Shanghai, de New-York à Londres, ce sont en effet plusieurs milliers de personnes qui aimeraient chaque année pouvoir venir admirer, entre autres curiosités, le méchage parfait d'Hubert de Boüard ou l'insolente réussite de la famille Moueix.
Les travaux ont débuté ce matin même sur la petite commune de Pomerol...
Ainsi, à la surprise générale, ce ne sont pas moins de deux bulldozers qui sont venus animer dès l'aube le quotidien d'habitude bien plus calme de ces riverains, pour majorité, vignerons de leur état. Un étonnement d'autant plus légitime que le dernier audit en la matière avait plutôt orienté les instances en charge de l'œnotourisme vers un développement de petites infrastructures aériennes de type héliports ou aérodromes. 

Mais force est de constater qu'un bon nombre de facteurs ont pu faire changer d'avis les huiles de la politique locale. Citons notamment la baisse conséquente du baril de pétrole, avoisinant aujourd'hui le prix d'un litre de rouge espagnol en vrac, il n'est plus un frein au développement des circuits touristiques régionaux. Et même si cette tendance ne sera pas forcément durable, la libéralisation des lignes d'autocars interurbaines, nouvelle marotte éco-responsable de notre très inspiré ministre de l'économie, Emmanuel Macron, trouvera un écho certain avec des projets de ce type. 
Face à de telles décisions, c'est aussi l'inquiétude qui prédomine chez les habitants de la commune : « Voir passer des flots ininterrompus de véhicules, presque sur nos vignes, ce patrimoine sacré de la région, ça fait mal ! » s'offusquent ces quelques cyclistes interrogés sous le ciel bleu de ce beau lundi d'octobre. Mais de Pomerol à Saint-Émilion, on s'inquiète aussi pour l'avenir environnemental du secteur, car de tels travaux ne sont pas sans retombées écologiques sur la nature. Et André, 56 ans, de renchérir : « Déjà que l'herbe a du mal à pousser dans les vignes et aux alentours, c'est pas des bus de touristes qui vont arranger ça.»
 
Dans tous les cas, cette décision aura eu don d'agacer, de surprendre et même d’attiser les spéculations les plus folles. En effet, il se murmurerait au cœur du très discret mais puissant gratin bordelais, qu'à bord de son camping car dernier cri, le plus célèbre retraité d'outre-atlantique, Bob Parker Junior, aurait exercé des pressions pour pouvoir profiter pleinement de cet espace de villégiature qu'est à ses yeux la rive droite bordelaise.

Reste à savoir si la rumeur aura raison d'une vérité encore bien obscure. Toujours est-il qu'aujourd'hui, avec le passage de ces bulldozers, c'est tout un pan du passé, synonyme d'une simplicité conjuguée au naturel, qui semble basculer soudainement vers une folie des grandeurs aussi inattendue que controversée.
Edit : Une information de dernière minute nous apprend qu'il s'agirait en fait d'une mesure de prévention contre les eaux de pluie, les bulldozers ayant permis de nettoyer les abords d'une parcelle apparemment aquaphobe. Un stagiaire de la rédaction semble être allé un peu vite en besogne, nous nous en excusons. 

Edit 2 : Le Syndicat Communal des Vers et autres Bestioles (SCVB) aurait déposé une plainte devant le tribunal administratif de Bordeaux pour destruction d'habitation et demandé à reloger les victimes chez un hippie tolérant de la région. Une information des services publics à destinations des vignerons devrait être expédiée dans les prochains jours afin de dédramatiser l'apparition de toute forme de vie sur une parcelle de vigne. 

Edit 3 : Plus sérieusement, la photo a été prise ce lundi lors d'une excursion furtive dans le bordelais ne m'ayant même pas permis de croiser quelques tronches agréables... Cet écrit est donc peut-être le résultat d'une potentielle frustration personnelle.


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