Un peu de tri !

lundi 16 mars 2015

La Part de l'Orage.

Ça y est ! Il est enfin là... Livré dans les premières tavernes, caves et autres adresses de choix. Et non, il ne s'agit pas du dernier tome des Tronches de Vin, guide pinardier de référence dont on reparlera bientôt.

Non, celui dont je vous parle aujourd'hui, c'est ce dernier né, sorti au forceps des caves de Frédéric Palacios. La Part de l'Orage, jus solidaire venu des quatre coins de l'Aude, suite aux événements climatiques ayant ravagés une partie du département durant l'été 2014. Quelques minutes de grêle, d'apocalypse. Quelques minutes ayant détruit le travail de plusieurs années, laissant un vigneron démuni face à un destin que l'on n'ose pas imaginer un jour, bien que l'on connaisse les risques du métier.  

Frédéric, c'est ce jeune vigneron de la Malepère, terroir de "mala pèira", mauvaise pierre friable faisant le bonheur des racines accrochées aux flans du Mont Naut.
source : Facebook - Frédéric Palacios
Frédéric, c'est la sincérité à l'état liquide, des jus denses et élégants, arborant fièrement un caractère sans pareil. C'est d'ailleurs assez troublant de constater que la personnalité d'un vigneron se retrouve parfois de façon évidente dans ses vins, où qu'il passe, quelque soit le cépage qu'il vinifie. Cette impression que le terroir se livre pleinement, confiant envers celui qui le chérit et que la patte du vigneron vient s'apposer ensuite comme une signature sur chaque bouteille. Que ce soit bien clair, je ne parle pas ici d’uniformisation du goût. Ici, point de carbo charmeuse venant aguicher le chaland à grands coups de rondeur fruitée exemplaire. Non, juste l'impression de boire cette colline baignée du pourpre de ses raisins révélés à nos papilles par la passion et le talent d'un vigneron.
Alors, une fois le fruit de son travail à terre, il fallait trouver une solution. Et comme pour Édouard Fortin et Robert Curbières, c'est un élan solidaire initié par l'association Changer l'Aude en Vin qui permettra au tenancier du Mas de mon Père d'espérer des jours meilleurs. Une asso locale composée de copains de choix ayant comme qualité principale, outre leur générosité, une faculté à élaborer de sacrés bons pinards. Tous ces vignerons ont ainsi décidé d'offrir une partie de leurs raisins au voisin de la Malepère, afin qu'il puisse élaborer une cuvée lui permettant de tenir la tête hors de l'eau. Et voilà donc notre Arzenais sillonnant l'Aude en quête d'avenir liquide et d'amitié. C'est ainsi que nous avons pu suivre durant plus d'un mois le parcours de celui qui allait enfin pouvoir se remettre à faire ce qu'il sait vraiment faire : du vin.

Plus diffus que l'itinéraire d'un TER arpentant la campagne, ce périple mena donc la fourgonnette de Frédéric des bords de mer où sévissent Marc Castan et la famille Mann, au Carbardès de Guilhem Barré, Edouard Fortin et Clément Mengus ; des proches limouxins Gilles Azam et Etienne Fort aux pensionnaires des corbières : Sophie Guirodon, Rémi Jaillet ou Xavier Ledogar. Sans oublier un petit détour par le minervois et les jus du Loup Blanc, de Benjamin Taillandier ou encore ceux de Jean-Baptiste Sénat. J'en oublie peut-être, mais cette tournée des copains sonnait déjà comme un vrai retour aux affaires...

Au final, une vendange qui ne pouvait être que qualitative et l'opportunité pour un grand vigneron de présenter à tout amateur de bon vin le visage gourmand et solidaire d'un département de choix. Il ne manquait plus qu'un nom à cette cuvée. Et c'est suite à une rencontre avec Grégory Nicolas, auteur du livre La Part de l'Orage, que ces flacons purent être baptisés... 
La Part de l'Orage, appellation pleine d'humilité, rappelant, s'il en était encore nécessaire, la déférence du vigneron face à Dame Nature et ses sautes d'humeur. Mais aussi un beau petit ouvrage de nouvelles arrosées de bon vin avec générosité et talent. Un bouquin à siroter un verre à la main, un verre de ce "melting-potes" audois, évidemment. Car comme on pouvait l'espérer, La Part de l'Orage est un vrai bon vin. Quelques minutes d'ouverture, le temps de se dégourdir les articulations et glisse dans le verre un jus plein de relief, sérieux mais gourmand, fluide mais prenant le temps d'exposer sa personnalité. Une vrai partition de fanfare, ou chaque terroir résonne comme un instrument différent au service d'une gaieté liquide qu'on se plait à déguster, que dis-je, à boire simplement... Pas vraiment le genre de vin que l'on analyse, mais plutôt celui que l'on partage afin d'en respecter le dessein. Car comme me le disait Grégory Nicolas il y a quelques jours : Le vin, les livres, on les fait pour la même raison. Pour les gens. 

Une cuvée (autour des 10 euros) que vous trouverez chez votre caviste local ou au domaine, à moins que vous n'ayez déjà pré-réservé vos bouteilles dès la fin de l'été, quand le projet vit le jour. Une cuvée qui sera, à peu de choses près, l'unique ambassadrice du domaine pour représenter dignement ce millésime 2014. Un millésime marqué par la folie des éléments, mais à présent, aussi, par cette éclaircie venue de ces quelques valeurs simples que sont le partage, l’entraide et la générosité. 
 

3 commentaires:

  1. Belle histoire, grande réussite de l'esprit

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  2. Où peut-on en trouver à Toulouse par exemple?

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    1. De nombreux cavistes travaillent les vins de Fred. Le "Tire-Bouchon" c'est certain, sinon à Nailloux chez Cyril Pitard, cave "Une Note de Vin".

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