À l'âge d'acheter ma première guitare, je n'avais qu'une envie : pouvoir laisser glisser mes doigts sur le manche vernis d'une Gibson pour revisiter avec l'indulgence d'un auditoire aussi exigeant qu'un jury de télé-crochet carburant à la Kro, les standards d'une éducation musicale ne boudant pas les décibels. Mais avec le temps, même si l'on n'a pas encore appris à dompter les envoutantes mélodies craquant encore sous le diamant de la Thorens familiale, on se prend tout de même à essayer de comprendre l'instrument que l'on a entre les mains. De la brillance cristalline d'une Strat' à la douceur rondouillette d'une PRS, de la chaleur tubulaire de ma Les Paul au ronron un rien sale et charmeur d'une White Falcon, le simple fait de connaître l'objet de son futur bien-être musical, de le toucher, d'en ressentir chaque pièce, chaque vibration, décuple le plaisir bien au-delà de toute série de quatre accords, fussent-ils d'une efficacité sans pareil.
Mais pourquoi venir mêler le destin musical raté d'un ado boutonneux à la descente d'un godet de rouge me direz-vous ? La réponse est pourtant simple : LE TOUCHER. Cette source inépuisable de plaisir, trouvant ses origines dans l'assiette ou sous la couette, ne détourne pas le regard à l'heure de se jouer de quelques tanins...
Du bout de la langue, un frôlement doux ou plus sévère, les papilles qui frémissent, les mâchoires croquant leur dû comme un plat de résistance... Le vin a soif de caresses, tout comme la bouche peut se languir d'étreintes purement physiques. Pour cela, rien de tel qu'un verre de rouge, responsable en un instant du frisson hérissant le poil de votre échine soudain tombée dans les méandres du plaisir charnel. Un ravissement dont la cause n'est autre que ce simple et primitif ressenti papillaire. Le jus glisse, tapisse, se joue ainsi de chaque cavité, dévoilant ses charmes avant même que l'évidence d'un écho de fragrances débusqué de prime à bord au dessus du verre ne vienne parasiter cet enlacement encore hermétique au parfum de l'ivresse.
Oui, depuis pas mal de temps déjà, je dois bien admettre que si un rouge vient à me faire dresser les poils, c'est rarement à cause de ses effluves de fraise des bois, d'hibiscus ou de poivre de Tazmanie. Non, c'est le plus souvent grâce à son grain. Certes, on ajoutera à ce tissu d'émotions quelques critères pouvant s’apparenter au goût ou à l'odorat, mais cela reste tout de même une impression de plaisir assez enfantine, voire primitive.
La recette de ce canon faisant tourbillonner mes papilles ?
Une bonne dose de fraîcheur, une impression de pureté amenant le vin à glisser sans anicroche du palais au gosier, une structure bien présente mais dont le maillage s’apparenterait plus à un morceau de popeline qu'à une toile de jute et un discours ample du type "caractériel discret", genre qui n'a pas besoin de gueuler pour montrer qu'il est là.
Côté aromatique ? Il ne faudra pas être trop bruyant. Il est des poignées de main, des accolades qui valent de longs discours. On laisse tomber aussi la bonne vieille tape dans le dos qu'on garde pour les apéros "saucisson" ou encore le blabla putassier du pinard dont t'as l'impression qu'il a quelque chose à te vendre.
Non, décidément, plus j'écris, plus j'y pense et plus je crois que ce rouge parfait ne parle pas, il chuchote, murmure. Il se fait comprendre, et semble aussi, de son toucher souple et entraînant, s'émouvoir de l'intérêt qu'on lui porte. Il n'est pas non plus toujours des plus complexes, mais arbore plutôt fièrement le mordant sauvage de sa jeunesse. Qu'il soit pinot ou syrah (le plus souvent), carignan, cinsault ou merlot, il s'y cache toujours derrière, un vigneron de talent, respectueux de son terroir. En témoigne ces quelques bouteilles dont j'ai pu parfois parler ici ou là. Un Chambolle du Domaine Arlaud, un Cornas de Matthieu Barret ou un Crozes de David Reynaud, une Pervenche de Thierry Valette en Castillon, un Pradel de Xavier Braujou...
Tous ces flacons témoignent d'une même impression, celle que le toucher prévaudra toujours, que cette promiscuité des sens où la parfumerie supplanterait la délicatesse d'une discrète caresse n'est en fait qu'une illusion. Car si l'on peut s'enivrer d'un bouquet, l'odorat ne supplantera jamais le toucher quand il s'agit de démystifier, comprendre ou partager...








j'ai pas trouvé la réponse k je cherchais mais j'ai pas regretté d'avoir jeter un coup d’œil sur votre blog c'est très intéressante l'article
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