L'espoir, le renouveau, le changement... Cet éternel lexique de politique politicienne ayant permis à nombre de dinosaures, parfois aussi appelés éléphants, d'incarner l'avenir d'un pays plusieurs fois durant leur carrière prouve bien à quel point les effets de manche la communication peut modeler la pensée collective.
Il en est de même pour le vin.
Les caricatures, les discours simplistes que dispense la comm' à tour de bras ont peut-être le mérite d'écheniller quelque peu le regard que l'on pose sur les choses, mais en s'affranchissant d'une perspective indispensable à l’acquisition du sens profond, ils appauvrissent d'autant le nuancier des critiques faisant la richesse des débats.
Prenons l'exemple du bordelais. Devant la folie mercantile ayant touché une partie de la région, à coups de classements, de spéculation d'une ostensible vulgarité, de mondanités déconnectées d'une terre soudain bien lointaine, le vin en lui même a peu à peu disparu de l'imaginaire collectif, remplacé par un gloubiboulga pailleté finalement très peu représentatif de la réalité. Pour le quidam, le bordeaux était devenu : quelque chose de cher, réservé aux repas du dimanche, ne pouvant être bu avant une vingtaine d'années, un peu snob et dont le côté boisé, tannique ou charpenté (rayez les mentions inutiles) accompagne à merveille le pull sur les épaules ou le gigot. Et pourtant...
De nombreux bordelais et autres amateurs curieux pourront vous le dire : Il n'est pas indispensable d'avoir un héliport pour faire du pinard à Bordeaux, tout comme il est bon de rappeler que tout le monde ne se trimbale pas comme Hubert de Boüard en bottes et en smoking dans les vignes de Saint-Émilion.
Bordeaux est donc à juste titre une région (presque) comme les autres, où l'on trouve du bon et même du très bon, tout comme de formidables bouses que le bon goût de tout un chacun s’attachera à différencier. Malgré tout, il ne me semble pas présomptueux de partager quelques unes de ces pistes de grand plaisir liquide ayant jalonné repas et dégustations diverses. Prenons donc nos verres et partons en direction de Margaux, appellation où l'originalité n'est pas un maître mot, pour y découvrir un cru d'exception.
Bel-Air Marquis d'Aligre, BAMA pour les intimes, château au cœur duquel sévit Jean-Pierre Boyer depuis 1947. Un domaine un peu particulier et souvent cité comme étant le plus atypique de l'appellation (Tout dépend, évidemment, de ce que l'on entend par atypique...).
Ici, les cuves en béton sont apparues dès 1950... et les barriques bois ont disparu dès 1960 ! Un bordeaux qui ne voit pas le chêne dans une appellation aussi prestigieuse que Margaux, c'est un peu comme imaginer un bordelais n'ayant jamais porté de mocassins à glands. Alors forcément ça jase un peu...
Autre particularité un peu plus technique : l'assemblage des vins. En effet, ici outre les traditionnels cabernet sauvignon et merlot, on trouve en quantité non négligeable du cabernet franc et du petit verdot.
Enfin, il reste l'attente, car n'espérez pas trouver le millésime dernièrement vendangé, demain, chez votre caviste ! Jean-Pierre Boyer sait prendre le temps, vraiment le temps : entre le passage en cuve qui peut durer plusieurs années et l'élevage en bouteille parfois au moins aussi long, il n'est pas rare de trouver dans les rayonnages des distributeurs du domaine des millésimes qui ont passé la dizaine, voir plus.
Autre particularité un peu plus technique : l'assemblage des vins. En effet, ici outre les traditionnels cabernet sauvignon et merlot, on trouve en quantité non négligeable du cabernet franc et du petit verdot.
Enfin, il reste l'attente, car n'espérez pas trouver le millésime dernièrement vendangé, demain, chez votre caviste ! Jean-Pierre Boyer sait prendre le temps, vraiment le temps : entre le passage en cuve qui peut durer plusieurs années et l'élevage en bouteille parfois au moins aussi long, il n'est pas rare de trouver dans les rayonnages des distributeurs du domaine des millésimes qui ont passé la dizaine, voir plus.
Avis aux impatients...
Ce week-end, c'est un 1998 qui se retrouva à table avec nous, un vin ayant bénéficié d'une ouverture assez longue, et proposant, à l'heure de remplir nos verres, un nez d'une rare profondeur. Au milieu de cet assemblage un peu atypique pour l'appellation, le cabernet franc se fait ainsi charmeur : un trait végétal comme une légère bise semble caresser un poivron rouge roulé dans un tapis d'épices et de fumée embarquant nos sens avec une fraicheur intense. La bouche, d'une finesse extrême, propose des tanins à peine poudreux d'une élégance remarquable. Et puis quelle allonge ! Un vin complet, vif et bavard, donnant envie d'en boire les paroles jusqu'au petit matin.
Qu'il est bon de flâner en si bonne compagnie ! Alors, à tous les sceptiques ou amateurs circonspects qui négligeraient encore cette belle région bordelaise, je peux à l'évidence affirmer, qu'ici comme ailleurs, le vin qui les fera vibrer existe. Et s'ils venaient à désespérer de le trouver, ou même, commençaient à penser que cette mission pourrait s'avérer impossible, qu'ils prennent peut-être la direction de ce BAMA, qui une fois dans leur verre, les fera je l'espère s'exclamer : YES WE CAN !




Et oui il y a des Bordeaux qui sortent des sentiers battus : jaugaret, Cornelie, gombaude guillot,jaugueyron
RépondreSupprimerC'est évident ! Et il faut continuer de parler d'eux...
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