Un peu de tri !

mercredi 18 novembre 2015

Pour panser un bleu, aussi gros soit-il, rien ne vaut le blanc et le rouge...

Je n'ai pas les mots, je ne sais pas vraiment quoi dire. Dans ces cas là, on peut aussi simplement se la fermer, mais vous excuserez mon égoïsme, écrire me fait du bien. Cela fait maintenant cinq jours que je tente, mais il faut bien que je le reconnaisse, difficile de tapoter mon clavier en y trouvant un semblant de légitimité quand le silence sied si bien à ce genre d'instants...

Malgré tout, un mot tourne en boucle au dessus de cette inspiration en panne : VIVRE.

Cinq lettres qui, malgré la tristesse ou la peur, ont à raison bousculé la torpeur dans laquelle je ne voulais sombrer. Voyant au travers de cette heure bleue la nuit fondre sur nos esprits, le marchand de sable s'empressait alors peut-être de saupoudrer d'un peu de concupiscence cette joie de vivre soudain en proie au doute.

Continuité vivace, aujourd'hui simplement plus lourde de sens ? Toujours est-il que j'ai passé une bonne partie de ce week-end à trimbaler ma carcasse avec plus d'instinct que de discernement. Ce midi, je me retourne enfin, et ne sachant que dire, j'observe cette parenthèse folle dont personne ne sait si elle se refermera un jour. Alors me détachant un peu de cet affect devenu si personnel, dans un style plus ou moins bancal, j'imagine ce que ce quotidien matériel qui nous surveille du coin de l’œil, témoin trônant ici ou là, a pu penser de tout ça.

Récit à trois voix d'un week-end à vous laisser sans la vôtre...
 
- Vendredi 13 novembre 2015 - 
 
Gérard* (Canapé 3 places légèrement impotent, râleur mais confortable, malheureusement en passe de rejoindre la déchetterie)

"Putain mais ça n'en finira jamais ! D'habitude le vendredi c'est aussi repos pour moi. Le proprio picole avec ses potes autour de la table et moi je me refais la cerise... Pourquoi il trainasse devant la téloche comme ça ? Et puis, 1h du mat', c'est pas une heure pour se coucher quand on se décrocher la mâchoire, les yeux mi-clos, comme le chat de la baraque !
Doit y avoir un truc, c'est pas possible. Normalement ça s'anime, ça jacasse à en rendre inefficace un tube d'aspirine, et là, on a l'impression que même son cul il n'arrive pas à le tenir un peu droit. , coco, je vais pas supporter tes quatre-vingt dix plombes toute la nuit, moi ! Et puis ce silence... J'veux bien qu'il y ait le gamin qui dorme en haut (et apparemment, c'est pas plus mal) mais faudrait penser à se bouger un peu, demain tu dois l'amener au stade pour qu'il puisse plaquer quelques taupes avec ses copains."




- Samedi 14 novembre 2015 -
Claudine* et Patricia* (Paire de Caterpillar coquées, 18 ans d'âge, qui ne sent malheureusement pas le whisky écossais.)

"Qu'est-ce qui se passe ? Ça doit faire presque deux ans qu'il ne nous a pas bougé la couenne. Mais pourquoi il se barre avec nous aux pieds ? Il est barjot ? Il a pas entendu ? Même on fond du placard à godasses on est au courant ! Il part à un concert... un concert de métal... ce samedi soir... en ville ! Même lui, il dit qu'il n'est pas rassuré ! Nous, évidemment c'est pas l'envie d'y aller qui nous manque, mais quand même
Je ne sais pas si c'est l'âge qui nous appelle à la raison, mais ce serait pas mal que nos embardés nocturnes se limitent à quelques excités qui puent la sueur venant nous graisser l'empeigne ! Enfin bon, là, je crois que de toute façon c'est plus la peine d'insister, on arrive. Putain, je suis toute excitée ! Et puis on va bien croiser quelques unes de ces merdes en plastique qui se trémoussent en te dévisageant, ces insolentes se feront peut-être même un plaisir de compter nos rides. Mais on leur montrera que le nubuck ou le skaï, c'est pas fait pour ça ! J'en ai déjà le cuir tout retourné...

 
♪♫♪♫ ♪♫♪♫ Knowledge is Power - Mass Hysteria ♪♫♪♫ ♪♫♪♫


Que c'est bon ! Cela aurait été franchement con de rater ça ! Du partage, des guitares, des mots et la puissance des gens, je me sens aussi jeune et souple qu'une paire de Pataugas dans les 90's !"


- Dimanche 15 novembre 2015 -
Michel* (Tire-bouchon en bois d'amourette, made in Laguiole, efficace mais un peu pédant sur les bords. Surnommé Montebourg dans le tiroir à couverts.)

"Mais qu'est-ce qu'il fout ce con ? On est dimanche et il n'a toujours pas ouvert le tiroir pour venir me chercher ! Non, mais sans déconner, je comprends qu'il ait un peu la nausée, mais bordel, faut continuer à vivre. Attendez... Oui, c'est bien le four qui se remet en marche... J'me disais bien que ça sentait la couenne et le haricot hier soir ! Un bon cassoulet ! Enfin, va y avoir du monde à la maison, ça sent la reprise des affaires cette histoire. Allez, vas-y ! Tu dois le faire ! J'ai pas envie de rouiller dans un coin, moi...

Voilà... Ce n'était pas si difficile ! Et revoilà les sourires, les coudes qui se lèvent, les fourchettes qui s'agitent. Faut pas nous faire des frayeurs de ce genre mon bon monsieur, vous n'étiez pas au courant ? 

Pour panser un bleu, aussi gros soit-il, rien ne vaut le blanc et le rouge...  

Allez, Monsieur le Directeur ! Profite, demain y a école, et ce sera une autre paire de manche..."


David Farge "ABISTODENAS"


* Les noms des personnages ont été volontairement changés afin de respecter leur anonymat.

** L'image utilisée pour illustrer ce billet est l’œuvre de Rémy Bousquet, un mec qui, en plus d'aimer le bon vinsait tenir un crayon...

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