Un peu de tri !

samedi 2 janvier 2016

Réconciliation.

Brejnev embrassant Honecker... Ce cliché de Régis Bochu datant de 1979 a fait le tour du monde, certains auraient voulu y voir un signe d'apaisement, mais la chaleur de ce baiser en pleine guerre froide n'avait d'autre vertu que d'afficher au grand jour la force d'une union (d'autres y décelant un baiser de soumission). Reproduite dans les années 90 sur l'East Side Gallery, une des parties restantes du mur de Berlin utilisée depuis comme galerie d'art en plein air, cette peinture que l'on retrouve aujourd'hui sur des tasses à café ou des tee-shirts pour ados témoigne s'il en est de la force d'un baiser, quelle qu'en fut sa signification.

Mais, me direz-vous, que vient foutre cette histoire de guerre froide un 2 janvier, alors que tout le monde à encore les dents du fond qui baignent et que personne n'ose encore s'avouer qu'il va retourner au boulot lundi ?
Et bien, c'est extrêmement simple, je comptais vous parler de réconciliation. Alors même si je sais bien qu'on ne résoudra jamais le conflit israélo-palestinien autour d'un bol de cacahuètes, il est malgré tout des rencontres, des efforts consentis, qui permettent d'adoucir certaines relations. 

Depuis quelques temps déjà, il règne entre le viognier et moi-même comme un semblant de guerre froide. Ce cépage rhodanien restait à ce jour une sorte d'Amélie Poulain de mon analyse ampélographique (très) personnelle. Une sorte d'ambassadeur mollasson de la viticulture française, aussi convaincant et dynamique qu'une poignée de main socialiste, le genre de raisin à te faire passer la moitié des vins blancs de l'hexagone pour de nerveux psychorigides. Oui, je peux l'avouer ici, je ne porte pas le viognier dans mon cœur. Il offre à mes yeux des vins le plus souvent patauds, manquant sérieusement de dynamisme sous la dent. D'autant plus que cette aromatique doucereuse mêlant abricot et violette n'a jamais eu plus que le charme désuet d'une eau de toilette pour gamine. Bref, le viognier ne me passionne guère.
Malgré tout, en bon curieux que je suis, je ne crache jamais sur un verre penché vers la découverte. Ainsi, profitant d'une embuscade amicale qui m'avait été tendue, je goûtais à l'un de ces vins dont on ne sait que dire à part un simple : "C'est bon !"

Dans le verre, le condrieu 2014 de Stéphane Othéguy, vigneron dont j'avais fait la rencontre quelques mois auparavant en me régalant d'une Massales 2012, cuvée découverte par excellence de mon année passée. Un condrieu aux antipodes des seules ambitions putassières que j'accordais le plus souvent à ce cépage. Un jus frais, dense et équilibré dont l'aromatique à peine teintée d'un élevage discret et élégant restait dans un registre plus floral et aérien. La finale s'étalant, elle, sur de très agréables amers dont je suis de plus en plus friand. Un très beau vin...
Mais si Stéphane Othéguy* fait partie de ces vignerons discrets de la vallée du Rhône, c'est avant tout car il ne possède qu'une petite exploitation sur ces terroirs d'exception : à peine 3 hectares desquels il tire Côte-Rôtie, St-Joseph et quelques vins de France à base de gamay et de pinot. Le condrieu reste lui un chuchotis avec un peu plus 1000 bouteilles, mais quel ne fut pas mon plaisir, vous l'aurez compris, d'écouter avec attention ce qu'il avait à me raconter...

Oui, vraiment, quoi de mieux qu'une réconciliation pour débuter l'année. Pour la peine, le viognier sera mon égérie du soir : je prolongerai ce souvenir en profitant des talents de David Reynaud, dont j'affectionne tant les syrah. Je ne sais pas s'il embrasse aussi bien que Brejnev ou que le condrieu de Stéphane Othéguy, mais en matière de vin, ma résolution pour cette nouvelle année ne changera pas d'un iota : rester infidèle...  
Meilleurs vœux à vous tous, chers amis, lecteurs de tous horizons. Que se remplissent les verres, les panses et les cœurs ! Que raisonne la joie de vivre et l'espoir naissant que porte avec elle chaque nouvelle année ! Profitons, jouissons, partageons...

* Pour en savoir plus, voici le lien vers un portrait réalisé l'an dernier par Monsieur Septime et Laurent Baraou : http://www.mistelle.fr/Stephane-Otheguy.html

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